Excellente présentation sur Ted Talks : « L’évolution des pouvoirs économiques mondiaux » ou faut-il avoir peur de la dominance économique chinoise ?

Si vous me suivez sur ce blog, vous savez que je suis passionné par la Chine et le monde d’opportunités qu’elle ouvre aux entrepreneurs qui prennent le temps de l’étudier et d’en comprendre les clés. C’est donc un sujet dont je parle fréquemment. Une attitude que je perçois trop souvent chez mes interlocuteurs et dans le public en général est une « peur », une sorte de « méfiance » de la domination chinoise sur l’économie mondiale.

Pour moi, la Chine est juste la prochaine étape logique de l’évolution et du déplacement des forces économiques dans le monde. C’est une menace uniquement si l’on ne s’adapte pas aux nouvelles tendances. Un peu comme si vous vouliez concurrencer les trains de marchandises avec des caravanes de mulets. Mais si vous vous servez des trains, alors ils deviennent une opportunité et non plus une menace.

J’ai donc été passionné par ce speech de Joseph Nye (Ancien Secrétaire d’État à la Défense et Professeur à Harvard) sur l’évolution des pouvoirs économiques mondiaux. Il y décrit les grandes lignes des implications de l’évolution des pouvoirs économiques mondiaux entre l’Ouest et l’Est tout en prenant aussi en compte la diffusion du pouvoir vers des acteurs non gouvernementaux, autrement dit, le secteur privé qui dirige le monde. Comme il l’explique « (…) pour comprendre la diffusion du pouvoir gardez ceci en tête : les coûts informatiques et de communication ont été divisés par mille entre 1970 et le début de ce siècle. Évidemment, c’est un nombre énorme et abstrait, mais, afin de le rendre plus concret, si le prix d’une automobile avait diminué aussi rapidement que le prix de l’informatique, vous pourriez acheter aujourd’hui une voiture pour cinq dollars. »

Certes sa présentation s’oriente davantage sur les équilibres politiques des nations, que sur les équilibres économiques entre sociétés produisant ou achetant dans différents pays, mais son message rejoint le mien : cette évolution n’a rien d’inquiétant. Au contraire, nous avons devant nous une formidable opportunité de repenser la façon dont nous faisons des affaires. Voici donc la présentation qu’il a faite pour les conférences TED Talks un « think tank » américain sur la société et son évolution. Comme je l’ai fait auparavant, j’ai décidé de publier sa vidéo ici pour vous donner une chance de la regarder.  Et au cas où vous n’auriez pas 18 minutes pour voir le speech en entier, j’ai pris la liberté de demander à mon équipe d’ajouter un « executive summary »  sous la vidéo.

Vidéo insérée ici

Executive Summary :

Je vais vous parler du pouvoir en ce 21e siècle. Et fondamentalement, ce que je souhaite vous dire, c’est que le pouvoir est en train de changer, et qu’il y a deux types de changement que je souhaite aborder. L’un est la transition des pouvoirs, qui est le déplacement du pouvoir d’un état à l’autre. Et la version simplifiée du message est que c’est une transition d’Ouest en Est. L’autre est la diffusion du pouvoir, la manière dont le pouvoir s’éloigne de tous les états, qu’ils soient occidentaux ou orientaux, vers des acteurs non gouvernementaux. Ces deux choses constituent les gigantesques changements de pouvoir de notre siècle. Et je souhaite vous en dire plus sur chacune d’elles séparément, puis sur leur façon d’interagir, et enfin sur quelques raisons possibles de se réjouir.

Lorsque nous parlons de transition des pouvoirs, nous parlons souvent de l’essor de l’Asie. En réalité, nous devrions parler de la renaissance, ou du retour, de l’Asie. Si nous regardons le monde en 1800, vous remarqueriez que plus de la moitié des habitants de la Terre vivaient en Asie et qu’ils créaient plus de la moitié du produit mondial. Maintenant, faisons un saut jusqu’en 1900 : la moitié des habitants – plus de la moitié – vit encore en Asie, mais ils créent seulement un cinquième du produit mondial. Que s’est-il passé ? La révolution industrielle, qui a fait que d’un coup, l’Europe et l’Amérique sont devenus le centre prédominant du monde. Ce que nous allons observer durant le 21e siècle est l’Asie redevenant progressivement plus de la moitié de la population mondiale et plus de la moitié de la production mondiale. C’est crucial, et c’est un changement important. Mais permettez-moi de vous dire deux ou trois choses de l’autre changement dont je parle, qui est la diffusion du pouvoir.

Pour comprendre la diffusion du pouvoir gardez ceci en tête : les coûts informatiques et de communication ont été divisés par mille entre 1970 et le début de ce siècle. Évidemment, c’est un nombre énorme et abstrait, mais, afin de le rendre plus concret, si le prix d’une automobile avait diminué aussi rapidement que le prix de l’informatique, vous pourriez acheter aujourd’hui une voiture pour cinq dollars. Alors, lorsque le prix de n’importe quelle technologie baisse si drastiquement, les barrières à l’entrée s’effondrent ; n’importe qui peut participer à la compétition. En 1970, si vous souhaitiez communiquer d’Oxford à Johannesburg à New Delhi à Brasilia et partout à la fois, vous pouviez le faire, la technologie existait. Mais pour pouvoir le faire, vous deviez être très riche – un gouvernement, une multinationale, ou peut-être l’Église catholique – mais vous deviez être très riche. Maintenant, tout le monde a cette capacité, qui était auparavant réservée, du fait de son coût à quelques acteurs seulement, si vous avez de quoi payer l’entrée d’un cybercafé – la dernière fois que j’ai regardé, ça devait être un euro de l’heure – et si vous avez Skype, c’est gratuit. Donc, les capacités qui étaient autrefois réservées sont désormais accessibles à tout le monde. Et ce que cela signifie,

Ce n’est pas que l’âge d’or de l’État est terminé. L’État est toujours important. Mais la scène est surpeuplée. L’État n’est plus seul. Il y a de très, très nombreux acteurs. Cela est en partie bénéfique. Oxfam, un grand acteur non-gouvernemental. Mais c’est parfois néfaste. Al Qaeda, un autre acteur non-gouvernemental. Mais pensez aux conséquences sur la façon dont nous réfléchissons avec des termes et des concepts traditionnels. Nous pensons en termes de guerre, et de guerre entre états. Et vous pouvez repenser à 1941, lorsque le gouvernement du Japon attaqua les États-Unis à Pearl Harbor. Il est intéressant de remarquer qu’un acteur non-gouvernemental, en attaquant les États-Unis en 2001, a tué plus d’américains que le gouvernement du Japon en 1941.Vous devriez penser cela comme une privatisation de la guerre. Ainsi nous observons un grand changement en termes de diffusion de pouvoir.

Le problème, c’est que nous n’y réfléchissons pas d’une manière novatrice. Permettez-moi donc de prendre un peu de recul et de demander : Qu’est-ce que le pouvoir ? Le pouvoir est simplement la capacité d’influer sur les autres afin d’obtenir les résultats que vous souhaitez, et vous pouvez le faire de trois manières différentes. Vous pouvez le faire par la menace de coercition – le bâton ; vous pouvez le faire par la rémunération – la carotte ; ou vous pouvez le faire en poussant les autres à vouloir ce que vous voulez. Et cette capacité d’obtenir que les autres veuillent ce que vous voulez, d’obtenir les résultats que vous souhaitez, sans coercition ni rémunération, est ce que j’appelle la puissance douce. Cette puissance douce a été très négligée et largement incomprise. Et pourtant elle est extrêmement importante. En effet, si vous apprenez à employer davantage la puissance douce, vous pouvez économiser énormément de carottes et de bâtons. Traditionnellement, la manière dont les gens envisageaient le pouvoir était à l’origine en termes de pouvoir militaire. Par exemple, le grand historien d’Oxford, qui enseigna dans cette université même, A.J.P. Taylor, a défini une grande puissance comme un pays capable de gagner la guerre. Mais il nous faut une nouvelle définition si nous voulons comprendre le pouvoir au 21e siècle. Ce n’est pas juste de gagner la guerre, même si la guerre persiste. Ce n’est pas quelle armée triomphe ; c’est également quelle histoire triomphe. Et nous devons réfléchir bien plus en termes de narration, et sur quel récit sera le plus efficace.

Maintenant, permettez-moi de revenir à la question de la transition des pouvoirs entre les états et de ce qui se passe là. Les récits que nous utilisons aujourd’hui sont généralement la croissance et le déclin des grandes puissances. Et le récit actuel ne parle que de l’essor de la Chine et du déclin des États-Unis. Assurément, avec la crise financière de 2008, beaucoup de gens ont dit que ce serait le début de la fin pour la puissance américaine. Les plaques tectoniques de la politique mondiale se déplaçaient. Et le président Medvedev de Russie, par exemple, déclara en 2008 que c’était le début de la fin de la puissance américaine. Mais en fait, cette métaphore du déclin est souvent très trompeuse. Si vous observez l’histoire récente, vous noterez que les cycles de croyance envers le déclin américain vont et viennent tous les 10 ou 15 ans. En 1958, après que les Soviétiques aient mis Spoutnik en orbite, c’était « C’est la fin de l’Amérique. ». En 1973, avec l’embargo pétrolier, et la fin des trente glorieuses, c’était la fin de l’Amérique. Dans les années 1980, alors que l’Amérique connaissait une transition, sous Reagan, entre l’industrie lourde du centre-ouest et l’économie de la Silicon Valley en Californie, c’était la fin de l’Amérique. Mais en fait, ce que nous avons vu, c’est que rien de tout cela n’était vrai. Bien sûr, les gens était exagérément enthousiastes dans les années 2000, lorsqu’ils pensaient que l’Amérique était capable de tout, ce qui nous a conduit à quelques désastreuses aventures en politique étrangère, et aujourd’hui, nous en revenons de nouveau au déclin.

La morale de cette histoire, c’est que toutes ces histoires d’essor, de chute et de déclin nous révèlent plus de choses sur la psychologie que sur la réalité. (…)

Mais vous vous dites peut être : Et alors, de toute façon ? Pourquoi est-ce important ? Qui s’en soucie ? Est-ce uniquement un jeu pour les diplomates et les universitaires ? La réponse est que cela importe énormément. Parce que, si vous croyez au déclin, et que vous avez les mauvaises réponses à ces questions, les faits, pas les mythes, vous pourriez avoir des politiques très dangereuses. Permettez-moi de vous donner un exemple historique. La guerre du Péloponnèse a été le grand conflit durant lequel le système des cités grecques s’est effondré il y a deux millénaires et demi. Quelle en a été la cause ? Thucydide, le grand historien de la guerre du Péloponnèse, a dit que c’était l’essor du pouvoir d’Athènes et la peur que cela a provoqué à Sparte. Notez les deux parties de cette explication.

Beaucoup de gens prétendent que le 21e siècle répétera le 20e siècle, dans lequel la première guerre mondiale, la grande conflagration dans laquelle le système des états Européen s’est effondré et a perdu sa place centrale dans le monde, et que tout cela a été causé par l’essor de la puissance allemande et par la peur que cela a provoqué en Grande-Bretagne. Il y a des gens qui nous disent que cela va se reproduire aujourd’hui, et que nous allons voir arriver la même chose dans ce siècle. Non. Je pense que c’est faux. C’est une mauvaise interprétation de l’histoire. Premièrement, l’Allemagne avait déjà dépassé la Grande-Bretagne en puissance industrielle dès 1900. Et, comme je l’ai dit tout à l’heure, la Chine n’a pas encore dépassé les États-Unis. De plus, si vous avez cette croyance, cela crée un sentiment de peur, qui vous amène à sur-réagir. Le plus grand danger qui nous menace dans la gestion de cette transition des pouvoirs, dans ce basculement vers l’Est, c’est la peur. Pour paraphraser Franklin Roosevelt, dans un contexte différent, ce dont nous devons avoir le plus peur est la peur elle-même. Nous n’avons pas à craindre l’ascension de la Chine ou le retour de l’Asie. (…)

Laissez-moi maintenant vous dire un mot sur la distribution du pouvoir et sur la façon dont elle est liée à la diffusion du pouvoir, puis je ferai le lien entre ces deux types de pouvoir. Si vous vous interrogez sur la manière dont le pouvoir est distribué dans le monde aujourd’hui, il est tout à fait distribué à la façon d’un jeu d’échec tri-dimensionnel. Plateau supérieur : le pouvoir militaire entre les états. Les États-Unis sont l’unique super-puissance, et il y a de fortes chances que cela demeure ainsi pour les deux ou trois décennies à venir. La Chine ne remplacera pas les États-Unis sur ce plateau militaire. Le plateau du milieu dans ce jeu d’échec tri-dimensionnel : le pouvoir économique entre les états. Le pouvoir est multi-polaire. Il y a des contre-poids. Les États-Unis, l’Europe, la Chine, le Japon peuvent s’équilibrer les uns les autres. Le plateau du bas de ce jeu tri-dimensionnel : le plateau des relations internationales, ce qui traverse les frontières en dehors du contrôle des gouvernements, des choses comme les changements climatiques, le trafic de drogue, les flux financiers, les pandémies, toutes ces choses qui traversent les frontières en dehors du contrôle des gouvernements, il n’y a personne de responsable. Cela n’a pas de sens de dire que c’est uni-polaire, ou multi-polaire. Le pouvoir est distribué de manière chaotique. Le seul moyen de résoudre ces problèmes – et c’est de là que viendront les plus grands défis de notre siècle – est par la coopération, en travaillant ensemble, ce qui signifie que la puissance douce devient plus importante, cette capacité à organiser des réseaux pour régler ce genre de problèmes et d’être capable d’obtenir de la coopération.

Autrement dit, lorsque nous réfléchissons à la question du pouvoir au 21e siècle, il faut s’écarter de cette idée que le pouvoir est toujours un jeu à somme nulle – mon profit est ta perte, et vice versa. Le pouvoir peut également être une somme positive, où ton profit peut être mon profit.

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